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CEUX QUI COMPTENT

L’actrice donne la réplique à Pierre Lottin dans un film signé Jean-Baptiste Leonetti, un conte à la fois drôle et dramatique, pétri d’humanité et servi par une distribution irrésistible.

 

Quinze ans après un premier long métrage de science-fiction, Carré Noir (2011), qui avait marqué nombre de passionnés du genre, et douze ans après avoir tourné aux États-Unis le thriller Beyond The Reach (Hors de portée, 2014), Jean-Baptiste Leonetti est de retour sur grand écran dans un tout autre registre, celui de la comédie dramatique, mi-familiale, mi-romantique avec Ceux qui comptent. Issu du monde de la publicité et habitué des formats courts, Leonetti a écrit et réalisé son nouveau film en écho à l’un de ses courts métrages, Tondex 2000 (2023), dont l’héroïne est une femme qui se bat pour protéger son enfant.

 

Une mère déterminée, lancée dans une bataille de la dernière chance pour les siens, c’est aussi la thématique de Ceux qui comptent. Rose (Sandrine Kiberlain) élève seule deux adolescents et une petite fille. Malgré une grande précarité financière, affichant un optimisme à toute épreuve, elle fait preuve d’une redoutable inventivité pour subvenir aux besoins de la maisonnée. Lors d’un tour au supermarché, alors qu’elle use d’un stratagème pas franchement orthodoxe pour esquiver le passage en caisse – ce qui lui vaut logiquement quelques problèmes -, elle bénéficie de l’intervention inespérée de Jean (Pierre Lottin), un gars ombrageux qui semble cacher un bon cœur derrière sa façade rugueuse.

 

Par la suite, elle retrouve son bienfaiteur et le présente à sa progéniture, les ados Tess (Louise Labèque), Simon (Alexis Rosenstiehl) et la petite Emily (Alma Ngoc). Si la fratrie endure stoïquement, avec dignité, les difficultés du foyer, Simon se laisse parfois déborder par la colère, persuadé que sa mère cache quelque chose. La famille occupe un hôtel désaffecté dont la déco bariolée semble restée figée quelque part entre les années 1960 et 70. Jean le marginal solitaire, qui a fui la société pour panser quelques blessures, découvre bientôt que Rose a un service très important à lui demander… Car en dépit de la bulle de protection qu’elle a édifiée entre sa famille et le reste du monde, il plane la menace d’une intervention de l’État, incarné par l’assistante sociale Madame Medrano (Mélissa Izquierdo, par ailleurs l’épouse de Pierre Lottin à la ville).

La guerre de Rose

C’est la première fois que Sandrine Kiberlain, qui jouait récemment dans le biopic Sarah Bernhardt. La Divine (2024) et L’Accident de piano (2025), et Pierre Lottin partagent l’affiche et les deux premiers rôles d’un film. L’acteur de 36 ans, en pleine lumière notamment depuis En Fanfare (2024) et L’Étranger (2025) pour lequel il vient de recevoir, aux César 2026, le trophée du meilleur acteur dans un second rôle, et son aînée à la carrière imposante (deux César, un Molière entre autres) jouent et s’amusent à armes égales, combinant force comique et gravité.

 

Leur alchimie, épicée par des dialogues ciselés et quelques formules mémorables, fonctionne à merveille. Kiberlain rayonne dans sa composition d’une femme d’une fantaisie, d’une audace et d’une force de vie hors du commun face aux épreuves endurées. Face à sa présence magnétique, Lottin est terriblement attachant en loup solitaire et taiseux, littéralement aspiré par cette tornade d’énergie et arraché à sa vie d’ermite sans avoir rien demandé.

 

Entre ces deux âmes blessées qui s’apprivoisent, l’assurance bienveillante de l’une et l’humanité enfouie de l’autre éveillent quelques réminiscences de En Fanfare d’Emmanuel Courcol. Mais Ceux qui comptent va au-delà de la seule rencontre entre deux êtres très éloignés que le destin rapproche par petites touches.

 

En plus de Rose, Jean est amené à côtoyer trois enfants qui gèrent, chacun avec ses moyens de défense, le poids de l’absence de leur père. Sous nos yeux, l’équilibre fragile d’une famille en perdition, et néanmoins résiliente, se redessine sans pathos superficiel, mais avec une grande délicatesse. Louise Labèque, Alexis Rosenstiehl et la jeune Alma Ngoc sont excellents, avec une mention spéciale pour la petite dernière, aussi juste que bouleversante.

(Annie Yanbekian, FranceInfo Culture, publié le 23/03/2026)

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