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LA CORDE AU COU

Le réalisateur de « Elephant » reconstitue un fait divers passionnant de la fin des années 1970.

 

C’est un plaisir de voir Gus Van Sant réaliser de nouveau un film pour le cinéma. Le cinéaste n’a pas chômé depuis Don’t Worry He Won’t Get Far On Foot sorti en 2018 mais il a surtout œuvré pour des plateformes. La Corde au cou lui permet de revenir en grande pompe sur grand écran en partageant un fait divers inconnu en France.

 

Le 8 février 1977, à Indianapolis, Tony Kiritsis kidnappe le fils du courtier qui, estime-t-il, l’a arnaqué et ruiné. Il a mis au point un système très malin à l’aide d’un fil de fer qui maintienant une arme contre la nuque de victime et déclenche un coup de feu mortel au moindre mouvement brusque. Il veut ses sous mais aussi des excuses.

 

Bill Skarsgård, le clown de Ça s’est démaquillé et dégage un mélange de menace et de vulnérabilité dans le rôle du kidnappeur et Dacre Montgomery souffre talentueusement dans celui de sa victime. « Le film a un côté « True Crime », même si nous avons pris des libertés avec la réalité pour rendre le suspense plus dramatique », explique Gus Van Sant.

 

A la fin des années 1970, il n’y avait pas de téléphones portables et les policiers avaient visiblement la gâchette moins facile. « Si cette affaire se déroulait de nos jours, Tony se serait sans doute fait abattre tout de suite », commente le réalisateur d’Elephant. On vous recommande de ne pas aller chercher le dénouement de l’affaire sur Internet pour garder le suspense entier.

 

Presque comme

Le réalisateur a pris soin de reconstituer le dispositif meurtrier mis au point par Tony Kiritsis. « C’était très inconfortable pour les acteurs, surtout pour Dacre Montgomery, se souvient Gus Van Sant. Bill Skarsgård et lui ont beaucoup répété pour les scènes où ils portent le fil de fer. Leurs déplacements étaient presque conçus comme un ballet. » Le réalisateur a tenu reproduire certaines séquences en extérieurs comme elles se sont déroulées.

 

« Bien des gens se sont identifiés à Tony parce qu’il avait un côté rebelle qui s’en prend aux grosses corporations, insiste Gus Van Sant. Ils suivaient l’affaire en direct à la télévision et à la radio. » Un DJ incarné par Colman Domingo, devient, malgré lui, le confident de Tony.

 

Al Pacino détestable à souhait

L’empathie que l’on ressent pour les deux hommes est très justement répartie. L’un a tout perdu et l’autre doit accepter l’indifférence de son père autoritaire qui semble peu ému par son calvaire. Gus Van Sant est un fin observateur de la société américaine qu’il brocarde passionnément. Les revendications de Tony lui ont valu la sympathie de nombreux Américains. « Le courtier refuse de présenter des excuses car il estime ne rien avoir fait de mal, précise-t-il. S’il cède, il risque des poursuites et, comme il connaissait Tony, on peut imaginer qu’il pensait que ce dernier ne tirerait pas. »

 

Al Pacino se met en mode « Je suis odieux et je m’en moque » pour se glisser devenir ce géniteur détestable. Il assied son autorité en une poignée de scènes remarquables faisant comprendre l’injustice que subissent deux hommes broyés par un capitalisme dont ils ont tenté de tirer parti sans parvenir à le dompter. « On peut voir de la politique dans La Corde au cou, mais je n’ai pas voulu faire un film politique », conclut Gus Van Sant. Il est cependant impossible de ne pas se projeter dans l’Amérique actuelle en regardant cette œuvre palpitante.

(Caroline Vié, 20 Minutes, publié le 15/04/2026)

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