Copyright Hélicotronc – Les Films du Poisson
LA DANSE DES RENARDS
Le premier long-métrage du réalisateur belge Valéry Carnoy a été présenté et récompensé (Prix SACD) à la Quinzaine des réalisateurs lors du festival de Cannes 2025.
Ce premier film de Valéry Carnoy s’attache au destin d’un jeune boxeur à l’avenir plein de promesses, arrêté dans sa course par un accident.
Camille (Samuel Kircher), jeune boxeur surdoué, est pensionnaire dans un internat où il suit un cursus de sports études. Entre les entraînements, intensifs, et les compétitions, il partage des moments avec sa bande de copains, et surtout avec Mattéo (Faycal Anaflous), son meilleur ami, qu’il connaît depuis qu’il est tout petit, et qui est à l’origine de sa passion pour la boxe.
Les deux garçons passent du temps dans la forêt qui jouxte le lycée, où ils traquent les renards pour les observer. Ils scrutent aussi de loin les filles. Un jour, Camille est sauvé d’un accident très grave, après une chute dans la forêt, par son ami Mattéo. Après l’accident, plus rien ne sera plus comme avant.
Avec ce premier film, le réalisateur belge Valéry Carnoy brosse le portrait d’un jeune sportif de haut niveau, dont la trajectoire est soudainement brisée par un accident de parcours. À travers ce destin, le film explore le milieu du sport études, exigeant, où des liens très forts se tissent entre les jeunes, mais aussi brutal et viriliste. Un environnement où la performance et la quête de l’excellence surpassent toutes les autres valeurs.
Jusqu’à l’accident, Camille, porté par son désir de gagner, se plie aux règles strictes, à la rigueur des entraînements. L’accident, et la douleur dans le bras qu’il ressent après sa chute, médicalement inexpliquée, agissent comme un révélateur. La machine s’enraye. Ses relations avec les autres garçons, déçus par une attitude qu’ils considèrent comme de la lâcheté, se détériorent. Son coach, dans le même état d’esprit, pousse le garçon au-delà de ses limites.
L’accident fait bouger les lignes d’un destin tout tracé, réveille des douleurs anciennes, enfouies, dont on devine les raisons, sans que le scénario ne s’y attarde. Ébranlé, Camille remet en question sa vie, ses choix, et s’émancipe de ses amitiés.
Dans le secret de la nuit, il ose exprimer ses peurs, et sa douleur, auprès du gardien de l’internat, un homme bourru, mais à l’écoute. Camille se rapproche aussi de Yas (Anna Heckel), une jeune fille qui ne s’en laisse pas raconter par les garçons, et avec qui il peut s’ouvrir et laisser exister sa sensibilité, sa fragilité, mal tolérée dans un environnement masculiniste.
L’adolescence, le corps et l’esprit de corps
Valéry Cornoy aborde avec sensibilité les questions au cœur de l’adolescence, la masculinité, l’amitié, le corps, et l’esprit de corps. À travers l’histoire de Camille, et de ses amis, le film nous interroge sur les blessures intérieures, qui s’expriment parfois par le corps, notamment pour ceux qui en ont fait un outil, un bouclier, ou même une arme. Cet accident ouvre à Camille une autre partie de lui-même, qui va l’emmener ailleurs, loin du chemin qu’il avait tracé jusque-là pour se protéger.
Samuel Kircher, révélé par son rôle dans L’été dernier de Catherine Breillat, compose ici un personnage nuancé, à la fois puissant et charismatique, mais aussi fragile, sensible et attachant. Il est entouré par une troupe de jeunes acteurs particulièrement vivants, particulièrement convaincants. Anna Heckel, castée dans la rue donne à la seule fille de cette histoire une belle présence.
Le film transcrit à l’écran la puissance, l’agilité, la dimension chorégraphique de la boxe avec une caméra à l’épaule, au plus près de l’action, et des corps. Des corps qui bougent, qui cognent, qui transpirent, qui soufflent, qui saignent. Des corps en transition, que le film saisit dans une mise en scène tantôt fluide, tantôt rythmée comme une salve de coups de poing. Le travail sur le son renforce l’impression pour le spectateur d’être sur le ring, ou dans la joie et les excès des vestiaires, au point qu’on croit sentir par moments les odeurs de la transpiration, du sang, et même des chaussettes de Camille, qui « pue des pieds ».